Avis : Dragon Quest Your Story (Netflix)

Avis : Dragon Quest Your Story (Netflix)

2 mars 2020 1 Par Salocin

La licence Dragon Quest n’a probablement pas besoin d’être présentée. C’est l’une des franchises de jeu les plus populaires et les plus emblématiques de tous les temps. Mais si au Japon la série est un véritable phénomène au même titre que Pokémon, ici à l’ouest, Dragon Quest n’a jamais été aussi connu que d’autres franchises de jeux de rôle japonais telles que Final Fantasy par exemple.

Cependant, au cours des dernières années, Square Enix a fortement développé la licence Dragon Quest vers l’ouest. Déjà par le jeu « Dragon Quest VIII : L’odyssée du Roi maudit » sur PS2 puis sur PlayStation 4 avec « Dragon Quest XI : Les combattants de la destinée » qui s’est suffisamment bien vendue ici pour que Square Enix autorise une version localisée de Dragon Quest XI sur Switch. Et, bien sûr, je passe tous les portages que nous avons pu avoir sur les consoles portables et smartphones.

Dragon Quest Your Story adapte donc le très célèbre « Dragon Quest V La fiancée céleste ». Cet opus est le plus adulé par les fans, car son histoire est la plus travaillée et la plus belle. Une histoire en trois actes que l’on retrouve parfaitement dans cette adaptation.

Mais au final est il possible de bien adapter un jeu de 40h environ sur une durée d’1h40 ?

 

L’histoire du film :

L’intrigue reste assez fidèle au jeu. Cela commence avec le héros, Luca, enfant et suit sa vie jusqu’à l’âge adulte alors qu’il part en quête pour sauver sa mère. Le film conserve la structure à trois arcs pour laquelle le jeu est si célèbre, mais ici, il est beaucoup plus condensé (beaucoup trop).

Un premier arc… très court

Le premier arc est réduit en environ cinq minutes de temps d’écran dans un style résumé en 16 bits (tiré du jeu original), ce qui abrège le côté émotionnel de nombreux événements futurs. Malheureusement, l’arc de l’enfance dans le jeu est très important pour établir la connexion émotionnelle avec nos héros et le fait de condenser celle-ci affecte le film dans son ensemble.

Grosse déception pour moi pour la mort d’un personnage en particulier. C’est particulièrement bouleversant dans le jeu, mais ici, cela arrive si vite que cela n’a pas vraiment d’impact… en tout cas pas suffisamment.

En fait, le film lui-même sert d’exemple pour expliquer pourquoi il est si difficile d’adapter un RPG de 40 heures en un film d’une heure et 40 minutes. Beaucoup de personnages souffrent de cette compression en particulier Harry, prince de Cobourg. Bien qu’il apparaisse une fois comme un enfant gâté, le film passe rapidement à l’arc suivant, où Luca et Harry sont réduits en esclavage, et cette section passe une fois de plus en revue leur relation et, surtout, la croissance de Harry. Dans le jeu, la transformation d’Harry d’un enfant gâté en un noble leader est merveilleuse, et sa relation avec le joueur est solidement établie. Ici, ce n’est pas du tout présent.

Un deuxième arc inégal

La partie mariage du film est également particulière. Ici, l’amie d’enfance de Luca, Bianca, a enfin la chance de briller en tant que personnage déterminé, fort et qui a une profonde amitié avec le héros.

Malheureusement c’est là où je reviens sur l’introduction en 16 bits qui gâche la présentation de la relation entre les personnages. Voir les personnages se retrouver plusieurs années plus tard auraient dû susciter beaucoup plus d’émotions.

Les scènes entre Luca, Bianca et Nera (la fille du duc de Mostroferrato, que Luca rencontre également dans son enfance) sont toutes douces et amusantes, mais la façon dont le film pousse Luca dans les bras de Bianca est quelque peu facile. D’un autre côté, il y a des scènes qui m’ont fait sourire comme un idiot et m’ont rappelé les phases du jeu que j’adore ! Les passages de combats contre les monstres contre lesquels tous les joueurs de la licence passent des heures à combattre (mention spéciale au passage des gluants de métal).

Le film met également en évidence la mécanique de recrutement de monstres de Dragon Quest V, en montrant Luca se liant d’amitié avec un gluant et en lui donnant un surnom (tout comme vous pouvez le faire dans le jeu).

À noter que les répliques et les noms conservés sont les mêmes que dans le jeu pour la plupart des personnages et c’est un très bon point !

Un troisième acte discutable?

Le troisième acte parvient à maintenir le charme, le style et l’action pendant un temps, jusqu’aux 15 dernières minutes du film, mais la fin choisie m’a — comment dire — complètement sortie du film lors de mon premier visionnage.

Sans gâcher celle-ci, la fin tente de vendre le film comme une lettre d’amour à la série Dragon Quest : la raison pour laquelle les gens jouent à ces jeux est de vivre des histoires dont ils peuvent faire partie et vivre de merveilleuses aventures. Personnellement je pense que le fait de regarder Your Story est déjà une démonstration d’amour de la part des fans qui souhaitent découvrir Dragon Quest V d’une manière différente.

La fin change également le sens de tout le film et je suis toujours tiraillé entre le fait de trouver cette fin fade ou génialissime tellement elle est risquée !

 

Parlons graphismes et musiques :

Je ne pouvais décemment pas conclure cet article sans parler des graphismes et musiques de cette adaptation. Écrit et réalisé par Takashi Yamazaki, Ryuichi Yagi et Makoto Hanafusa. Ceux-ci ont pris la lourde décision de choisir une animation en CGI plutôt qu’une animation à la manière d’un animé japonais traditionnel.

On ne le dira que trop peu, mais si la licence créée par Yūji Horii connaît un tel succès c’est également grâce au mangaka Akira Toriyama qui a conçu tous les dessins de la licence.

S’éloigner du style du maître Toriyama était-il une bonne chose au final ?

Et bien certains n’arriveront pas à se défaire du style Toriyama quand d’autres trouveront le rendu 3D convaincant. Pour ma part j’ai trouvé le film très beau et le style de Toriyama est conservé pour les monstres (ce qui en fait un magnifique clin d’œil) !

Et concernant les musiques, le film utilise la musique originale de la licence créée par Kōichi Sugiyama. À noter que ce n’est pas uniquement la bande-son du jeu Dragon Quest V qui est présent, mais plusieurs OST issus des nombreux jeux de la licence. En tous les cas le rendu est simplement magnifique !

 

Conclusion :

Pour les fans de longue date de Dragon Quest, ce film est un visionnement essentiel. Celui-ci a donné vie au jeu par une belle animation et une belle lettre d’amour aux fans.

Pour ceux qui ne sont pas déjà fans, cependant, Dragon Quest : Your Story est un peu plus difficile à recommander. Il pourrait être préférable de jouer au jeu original, voir à d’autres jeux de la licence, avant de regarder cette adaptation.

Chacun sera libre d’apprécier ou non la fin de ce film qui est ma foi très discutable.

Ce film reste en tous les cas une belle adaptation de cette licence. À noter qu’une adaptation ne tend pas à être fidèle, mais à réécrire et s’approprier une histoire pour la faire vivre (ou revivre) différemment aux spectateurs.

Une belle adaptation qui m’a replongé dans la nostalgie de la licence et du jeu.

D’ailleurs je vous laisse car je pars me replonger dans ce jeu merveilleux qu’est Dragon Quest V : La fiancée Céleste !

Dark Sal0cin